Les ondes privées de l'Avant-Garde de Construction Transhumaniste. Mouvement d'élite technologique pour l'élaboration de l'être humain supérieur.
 
AccueilCalendrierFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Point Mort

Aller en bas 
AuteurMessage
Ivy Violet

avatar

Messages : 258
Date d'inscription : 08/02/2011

MessageSujet: Point Mort   Mar 22 Fév - 0:46



Le tunnel routier fait office de gorge-civilisation inerte, amorphe, le conduit encrassé d'un vomi industriel proche de la matière fossile.
Là où la tôle copule avec l'os humain.
Là où les sorties de secours vitupèrent toute leur ironie.

Incendie, arme chimique, qui sait.

Les cages thoraciques qui gisent aux flancs des pneus bourrés d'hernies témoignent d'une agonie qui aurait voulu perforer le bitume.
Les boites crâniennes recouvertes de fragments vestimentaires poisseux et effilochés expliquent le brutal dépassement des limitations de vitesse de toute une organisation sociale, jadis réglée comme du papier à musique.
Dans le rouge, les freins ont lâché. Dans le noir orangé, la vie s'est diluée.

Et, quand les poumons de papa se sont retrouvés emplis d'une fumée âcre, quand ses veines ont sailli de son cou pour se maquiller de violet, ses dernières supplications n'ont jamais décollé jusqu'au cieux. Alors que ses yeux s'enfonçaient dans leurs orbites catastrophées, alors que ses mains soudainement serties de papules ocre se crispaient pour déboucler la ceinture de sécurité, il a offert ses ultimes pensées pour un spot publicitaire contre l'alcoolémie au volant.

Sa vie était un embouteillage. Il est donc mort comme il a vécu.


A l'embouchure du massacre, dans l'habitacle d'un seize tonnes, nez d'acier tourné vers la bouche béante du souterrain, où s'écoule jusqu'au lointain la gerbe chaotique d'automobiles, une fleur fanée observe les flocons noirâtres s'écraser contre le pare-brise, entre deux coups de crayons.

Cagoulée. Les lèvres qui dépassent sont gercées. Des petits lambeaux de peau se dressent sur la pulpe. Des irrégularités marrons, parfois; creux et croûtes.
De temps en temps, la langue passe subrepticement sur les meurtrissures, avant de se renfoncer dans son lit hérissé de dents un peu jaunes.
Le corps est perdu sous quatre couches de vêtements. Au sommet de la chaîne, un imperméable étonnamment blanc. Les jambes en lierre militaire, terminées par une paire de rangers humides, enserrent le volant d'un treillis sur le retour, usé, rapiécé, couvert de cambouis, de sang et de diverses tâches profondément incrustées.
La main droite, gantée de cuir noir, griffonne nerveusement au crayon de bois sur une carte routière. Les mouvements sont si vifs et appuyés que la mine semble sans cesse sur le point de se briser.
La main gauche est inexistante. De la manche dépasse seulement un crochet métallique, qui épouse la poignée de la portière, comme si l'être à la cagoule se tenait prêt à sortir en quatrième vitesse.


Sur le siège passager, un silhouette dégingandée, le visage camouflé sous une tignasse blanche, grasse et huileuse, derrière une barbe datée, sépia, avec son lot de boules de poils engluées de bave, et ses petits résidus de repas enrobés d'acide... Engoncé dans une doudoune brune, l'homme dodeline de la tête, le tronc secoué d'un mouvement de balancier aux accents d'autisme prononcé.


Parfois, en coin, un des yeux de la cagoule, d'un discret vert trinitite aux reflets bleutés, semble analyser rapidement son comportement.

La scène est suspendue.
Pendant plus d'une heure, il ne se passe rien.
Les flocons n'en peuvent plus de submerger les vitres.
Le crochet reste accroché à la portière, sans bouger d'un pouce.
Parfois, le vieil homme articule deux ou trois sons gutturaux et grotesques, avant de retourner dans son mutisme crépusculaire, seulement bafoué par quelques sifflements respiratoires douloureux.
La fleur continue de tracer des droites sur sa route.

Et puis, un moment, la cagoule pivote et observe le calendrier accroché au dessus de son appui-tête.

Du sperm-art sur pin-up décolorées.
La main gantée détache la punaise, puis feuillette rapidement l'étalage de chair féminine terne.
Elle dépose la chose sur les genoux du voisin, en faisant claquer les feuillets.

Le vert trinitite qui observe toujours. Au coin de la cagoule.

Et le débile ignore tout.

Un soupir, qui s'échappe d'entre les lèvres gercées.

Point mort.
0km/h.

Il ne se passe rien.
Et c'est un squelette d'enfant qui tient l'équilibre, sur la grue de la dépanneuse d'en face.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
Point Mort
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» point mort haut
» remetre au point mort le levier de vitesse
» Bruit de couinement au point mort.
» Mon savage 3.5 [LRP ZR 30]
» boite de vitesse bloqué sur super 5

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Act as a Celebration of Technology :: Ondes sécurisées :: De partout et d'ailleurs-
Sauter vers: